Nov 18, 2019, 10:18 pm

Nouvelles:

Le serveur discord

RP – Cornedebouc

Démarré par Kait, Jan 20, 2018, 05:12 pm

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Alex_Truman


Usul

La bonne nouvelle c'est que tu dois seulement parcourir le topic pour lister les posts à déplacer. La mauvaise nouvelle étant que tu dois parcourir le topic. jvhap
Spoiler: MontrerCacher
Si trop de posts sont supprimés et que tu as les messages je peux aussi ajouter une conversion depuis un fichier texte si tu veux. jvhap

Kait

J'espère qu'aucun post n'a été supprimé parce c'est le seul topic que je n'ai pas sauvegardé. jvhap

Usul


Kait

Par simple curiosité, combien de caractères fait le plus long chapitre posté à ce jour ?

Alex_Truman

Dans les alentours de 60 - 70 000 caractères, si ma mémoire est bonne. Pourquoi ? jvhap

Usul


Kait

OK, je m'en vais de ce pas rajouter dix milles caractères de cueillette de champignons alors, je reviens. jvhap

Usul

Tu peux poster maintenant aussi. jvhap 

Alex_Truman


Kait

En vrai je posterai au mieux demain soir, il me reste encore quelques scènes à écrire, + relire le tout + préparer les pavés d'insultes préventifs juste au cas où. jvoui

Usul

Tu peux même prendre un jour de plus pour te donner du recul avant de relire si tu n'es pas sûr de toi, on n'est pas à ça près. jvhap 

Alex_Truman

Prends même une ou plusieurs semaines, absolument rien ne presse. jvoui

Kait

 Le soleil se levait péniblement sur une large clairière, au plein cœur d'une chaîne de montagne perdue aux confins du monde qu'on appelait les Crocs d'Argents. C'était une clairière tout ce qu'il y avait de plus normale. Tapissée d'herbes vertes et grasses abreuvées par les pluies automnales, sertie de petits bosquets de fleurs, et parcourue par un troupeau d'énormes brebis.  Les oiseaux sifflaient gentiment dans les arbres environnants. La pente était douce jusqu'à un grand pierrier, qui remontait jusqu'à presque le sommet. Ce pierrier était curieux d'ailleurs. D'une part parce qu'il était composé de basaltes et de quelques gabbros, preuves inéluctables de la présence d'une ophiolite : un morceau de croûte océanique avait été charrié à la surface lors d'un incroyable mouvement de convection de deux plaques continentales qui avait dans un même lieu donné la formation desdites montagnes. C'était tout bonnement fascinant, mais la deuxième raison (mineure certes) pour laquelle ce pierrier était curieux était ces étranges bosses dans les tas de cailloux çà et là qui semblait, pour l'observateur imaginatif, dessiner une gigantesque silhouette humanoïde. Ça n'avait sûrement rien à voir mais quelques pierres commencèrent à dégringoler lentement. Puis le mouvement commença à s'accélérer de plus en plus, et un long, très long tremblement rauque retenti, qui secoua toute la montagne.

 Garligula termina de bailler puis se massa ses mâchoires meurtries. Il se redressa sur son séant en grognant, puis s'ébroua pour faire tomber ce qui restait de sa couverture.  J'ai trop dormi. Difficile de savoir combien de temps avait duré sa petite sieste, mais à son avis pas moins d'une semaine. Il se leva complètement et domina la plaine. Bon. Les brebis à traire, les stocks à vérifier. Il fallait qu'il s'occupe également des mammouths sur l'autre versants. L'hiver venait de toute façon, il allait falloir bientôt rentrer les bêtes dans les grottes des alentours, en veillant quotidiennement à ce que l'entrée ne soit pas bloqué par la neige et que les animaux soient nourris. Une affaire compliquée, l'hiver.

 Garligula se lava les mains dans une flaque d'eau de montagne, puis se rinça le visage. L'eau fraîche lui faisait du bien. Heureusement qu'il s'était réveillé à temps, il avait bien failli ouvrir l'œil sous un tas de neige, avec un troupeau tout gelé. Il fallait qu'il soit plus prudent mais... il était tellement fatigué. Cela faisait maintenant trois cents ans qu'il s'était mis au vert, et il ne regrettait pas son choix, mais des fois le poids des années se faisait sentir. Il soupira en resongeant au bon vieux temps.  La nostalgie n'avait jamais rien de bon mais... Ah, il y a bien longtemps que l'Âge des Mythes s'était terminé. Cette bonne vieille époque où lui et ses confrères pouvaient déambuler librement sur cette Terre, festoyer au sommet des plus grandes montagnes, affronter des dragons pour prouver leur valeur et ne craindre la menace d'aucun être inférieur. Lui, Garligula, avait vu la fondation du monde, la naissance de légendes, avait vu des choses si incroyables qu'elles auraient fait trembler de terreur le plus hardis des ursidés s'il avait fallu les raconter.

 Mais cette époque était bien terminée. Elfes, humains, nains, gobelins, et tous les autres noms qu'on donnait à ces petits êtres qu'on pouvait écraser de la paume de la main, ces petites choses avaient eu raison d'eux. Ils s'étaient organisés, était devenus plus rusés.  Il avait vu les grandes puissances tomber les unes après les autres. Des titans égorgés dans leur sommeil. Des rocs déchiquetés par des hordes d'aigles géants dressés et montés. Il avait constaté avec dépit la mort d'un dragon millénaire transpercé d'un seul trait, une seule flèche propulsée par une sorte d'arc gigantesque. Quoiqu'il eût un doute sur celui-là. Mais le pire avait été de voir tomber ses frères et sœurs les uns après les autres, pourfendus tristement, lâchement, par quelques « héros » en quête de gloire. Il craignait être le dernier de sa race, désormais. Personne n'était venu à bout de lui, pour la simple bonne raison que c'était le plus grand et le plus fort.  Même les engins destructeurs des sous-êtres ne l'avait qu'égratigné. Il avait écrabouillé des crapules emballées de fer, croqué des assassins, décimé des armées. Mais il avait compris que ce n'était qu'une question de temps avant que ces fous furieux avides de sang et de gloire ne mettent au point une nouvelle arme ou une nouvelle tactique qu'il ne verrait pas venir. Alors il avait pris la décision de venir se retirer dans cette montagne loin de tout. Il y était tranquille. De temps en temps, quelques shamans venaient le voir pour lui demander conseil. La plupart du temps, il les écrasait entre deux rochers en pensant à ses frères. Quelques fois, il leur parlait. La solitude faisait parfois faire des choses bizarres.

 Le géant se peignit la barbe avec un pin sec, puis se tourna vers la clairière où il avait laissé ses bêtes. Il fallait retourner au travail. Une paisible journée en perspective. Alors pourquoi ressentait-il un malaise inexplicable au plus profond de son être ?

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 Dans les profondeurs... Des griffes et des dents... Un entremêlement de corps en mouvements. Terrifiants. Ils dorment. Ils attendent... Ils sont là. Tout près.

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 Doren rampait dans son étroit tunnel d'un mouvement vif. Elle allait récupérer cette foutue hache. Et elle allait le faire seule, puisque sa gentille famille unie l'avait nonchalamment laissé tomber. Les gardes du bureau du contremaître avaient quitté l'antichambre pour faire une pause boisson ou clope ou bordel ou quoi que ce soit. Et personne n'était encore venu les remplacer. Bien.
 Si les calculs de Doren étaient bons, elle n'avait qu'à aller au bout du tunnel et creuser vers le haut pour se retrouver dans ladite antichambre. Le contremaître dormirait à cette heure-là. Elle pourrait s'emparer d'Ananugog en toute discrétion. L'autre penserait sûrement qu'il l'avait perdu, et tout s'arrêterait là. Elle aurait sa hache, et Morul fermerait bien sa gueule. Si seulement elle n'avait pas arrêté les maths à l'âge de neuf ans et demi.

 Enfin le bout. Doren en avait marre de ramper dans la terre. Elle en avait partout sur le visage, dans la bouche, sur les mains et les pieds. Elle n'avait en effet gardé qu'un pantalon de toile et une chemise de lin pour être mobile et ne pas pourrir ses habits, mais elle se sentait terriblement dénudée sans son gambison favori. Enfin bref. Elle effectua un tour sur elle-même pour se retrouver sur le dos, et commença à gratter le sol avec ses ongles. Des mottes de terre lui tombait dessus, et elle retint sa respiration du mieux qu'elle pût pour ne pas en avaler. Enfin, ses doigts touchèrent une matière dure. Les dalles du plancher. Doren dégagea encore un peu de terre, puis plaça ses paumes contre la roche et poussa de toutes ses forces. Elle sentit la dalle se soulever légèrement. Elle continua son effort. La roche céda d'un coup dans un bruit rauque. La naine la déplaça alors lentement sur le côté. Elle glissa contre le sol en raclant et enfin l'ouverture fut dégagée. Doren passa la tête hors du trou et cracha des mollards terreux. Beh. Elle fit le tour de la pièce. Pas grand-chose. Un banc pour les gardes, des bouteilles vides éparpillées au sol, et quatre piliers autour d'elle. Elle leva les yeux.

 « Ah, hoho, bonjour bonjour », fit-elle avec un sourire crispé.  Bordel de merde, qu'est-ce qu'ils foutent là ? « Je... je me suis perdue et... et... non, je viens installer un système d'évacuation des déchets et... et vous ne parlez pas la langue. »

 Les deux gardes lui jetèrent un regard pesant. Puis observèrent leurs lances en soupirant.

 « Bon bah tant pis je meurs. »

 Le premier coup l'atteignit en plein front.

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 « Nòm gedor tun nist ! Usen kudam on råsh vafig ! Atheludos nökor usen ! Cabnul räm vetek !
 - Elle dit que son mari est mort en laissant derrière lui son atelier, général. Et qu'elle a peur et que... enfin j'ai un peu de mal à traduire. »

 Bemehring resta neutre face à la naine éplorée. Il avait le sentiment très fort que ce n'était pas à lui de régler ce genre de problème. Mais apparemment un contact trop prolongé avec la race des mines avaient transmis à ses hommes un certain nombre de superstitions naines, et il s'était avéré que même ses officiers étaient venus le voir pour lui implorer de s'occuper de ce soucis. Il s'était donc muni du meilleur interprète qu'il avait pu dégoter et s'était diriger vers la source du problème, au fin fond de la forteresse.
 Il passa une main dans ses cheveux et poussa un grognement fatigué. Bon, il était temps d'essayer de comprendre ce qui pouvait à ce point terroriser de valeureux Trompois.

 « Bon. » Il se tourna vers son interprète. « Demande-lui pourquoi elle a peur. »
 Ce dernier hocha la tête avec respect et posa la question à la naine dans un nanique approximatif. Elle répondit, toujours en pleurs. « Elle dit que son mari venait tous les jours ici, dans son atelier personnel, que personne d'autre n'y entrait, et que personne ne savait ce qu'il y faisait, traduit-il. Elle dit qu'il est mort pendant l'attaque de la ville, dans l'éboulement qu'on a déclenché. Que... Oh, du calme, moins vite ! Euh, betan, dezrem ! Donc oui, elle dit que depuis on entends des bruits bizarres venant de l'intérieur. Comme des hurlements, des complaintes terrifiées. Que... que tous les gens du quartier en ont perdu le sommeil. Parait que des fois le sol en tremblerait presque, comme si la Terre bouillonnait. Elle... elle... » L'interprète commençait à transpirer abondement, à être de plus en plus hésitant. « Elle pense que son mari aurait peut-être invoqué des.. des démons, général. Et qu'ils seraient hors de contrôle et... Par les Dieux mon général, je ne remets pas en doute vos capacités, mais ne devrions-nous pas rassembler une armée, si cette femme dit vrai ? Ou voir même... voir même quitter cette ville sur le champs ?
 - Vous avez peur, soldat ? fit Bemehring d'un ton passif.
 - Je vous mentirais en prétendant le contraire, général.
 - Voyez-vous je crois aux démons. Mais ils se trouvent dans nos têtes, à nous tenter pour nous écarter des Cieux. Pas derrière une porte en pin. »

 Sur ces mots, il fit un pas en avant.

 « Général, par pité ! » implora l'interprète. Bemehring leva un sourcil. Seul une terreur absolue aurait pu donner à un homme de son rang une telle audace, pour parler ainsi au colosse.
 - Soldat, je sais que nous avons vu des choses bien étranges en arrivant dans cette cité. Des armes capables de blesser des Dieux, des créatures prêtes à mourir par honneur et non par foi, des objets si perfectionnés qu'on les dirait façonnés par les Très-Haut. Tout cela, je veux bien y croire.
 - Mais...
 - Mais, » le coupa-t-il en souriant, « les Démons ne se cachent pas dans l'atelier d'un artisan. »

 Il repris alors son chemin. Il repoussa délicatement la naine qui tenta vainement de se débattre. Puis il retira la pitoyable barricade de bois, ignorant les bruissements inquiets de l'interprète derrière lui,  et ouvrit la porte.
 Et Bemehring fit s'abattre les Enfers sur Cornedebouc.

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 La porte s'ouvrit avec fracas. Putain de serrure. Morul grommela puis se dirigea vers son bureau pour s'écraser sur le fauteuil. Son bras lui faisait un mal de chien. Combien de temps faudrait-il encore avant qu'il ne guérisse ?
 Il sortit l'antidouleur de Kamuk de sa poche et en versa quelques gouttes dans un verre de vin, qu'il but d'une traite, avant de pousser un soupir de soulagement. Il resta alors immobile le temps qu'il fallut pour que la drogue fasse effet. La douleur finit par se dissiper. Bordel. Il vivait si mal son statue d'infirme. Cette constante vulnérabilité mettait son égo au plus bas. Au moins peut-être que dans quelques semaines n'aurait-il plus besoin de béquille. Enfin. Il lui fallait du repos. Il se fatiguait si vite...
 Morul poussa un grognement et se mit sur pieds en prenant appui sur le rebord du bureau. Puis il clopina lentement jusqu'à sa chambre. Tss, toujours ce foutu trou. Le vol d'Igrilshokmug  lui avait filé un sacré coup au moral. Il avait failli rentrer dans une rage berserk. Si seulement il avait eu ses deux jambes intacts, il aurait pister les saligauds qui avaient fait ça jusqu'au bout du monde et leur aurait fait la peau façon tranche de saucisson.
 Le trappeur essuya une larme virile d'un revers de manche. Il fallait qu'il reste fort. Au moins avait-il un grand lit chaud et confortable. Un grand lit sur lequel était assise une silhouette qui se tourna brusquement vers lui.

 « Qu'est ce que tu fais l... oh, oui, ta chambre. C'est vrai.
 - Salut, Doren », sourit Morul. Encore sous l'effet des antidouleurs, il avait du mal à la discerner dans l'obscurité. Il s'approcha lentement. Sa sœur se leva presque immédiatement. « Non non, s'empressa-t-il, tu peux rester !
 - C'est bon, fit-elle sèchement. Je vais voir si y'a de la place chez Kogan.
 Morul lui prit le bras alors qu'elle se dirigeait vers la sortie. « Doren je...
 Elle se dégagea brusquement. « Ne me touche pas ! Va mourir pour de bon, Morul ! » Elle franchit le seuil de la porte.
 « Je suis désolé, ok ! » s'écria-t-il. Sa sœur se figea. « J'aurais pas dû te gueuler dessus, d'accord ? Je me suis laissé emporté. C'est juste que... Je ne veux plus prendre de risques tu comprends ? J'en peux plus de m'en prendre plein  la gueule tout le temps. » Doren soupira et se retourna lentement, dévoilant un visage boursouflé, arborant un énorme coquard noir autour de son œil gauche. « Par tous les dieux que t'est-il arrivé ?
 - J'ai essayé de récupérer Ananugog, voilà tout. Pendant que toi tu te bourrais la gueule au Bélier Torché.
 - Bon sang tu as de la chance d'être en vie.bJe... viens t'asseoir, ok ? »

 Les deux frères et sœurs s'assirent côte à côte sur le lit. Morul commença à toucher le visage de Doren pour inspecter les blessures, mais cette dernière lui tapa sèchement la main.

 « Tu avais raison finalement », lâcha-t-elle d'un ton qui était devenu triste. « Ça ne sert à rien de jouer les héroïnes. Mais... Laisser tout ce qui reste de nos parents entre leur mains...
 - Ça va aller, Doren. Ça va finir par s'arranger...
 - J'en perds le sommeil la nuit, Morul. » Sa voix commençait à se briser. « Je sais que ce n'est qu'un objet mais... Bon sang, rien que d'imaginer que d'un jour à l'autre elle peut être vendu à une caravane quelconque et disparaître pour toujours et... Putain, c'est notre seul héritage, et quand je vois que maintenant même ma propre famille m'abandonne je... » Ses mots se perdirent dans les limbes d'un silence gêné.

 Morul ressentit soudain un élan de tendresse inhabituelle. Il n'avait pas l'habitude de voir Doren dans un tel état, et pour une raison inconnue cela lui faisant ressentir un sentiment étrange. C'était de la compassion. Il passa son bras valide par dessus l'épaule de sa sœur, et lui caressa doucement le bras. Certes, ils n'avaient jamais vraiment été très tactiles mais elle se laissa tout de même faire.

 « Ça remontait à quand notre dernier câlin, déjà ? demanda-t-elle, enrouée.
 - La mort de papa, au moins. »

 Ils restèrent ainsi pendant un long moment. Soudain, Doren sembla reprendre ses esprits et elle se releva brusquement.

 « J'ai failli oublier je dois, ehm, expliqua-t-elle, aller chercher Edern à l'hôpital, voilà.
 - Qu'est ce qu'il lui est arrivé ?
 - Tu sais, il s'est battu avec ce géant humain. Il va bien, juste un peu secoué.
 - Oh. » Morul fronça un instant un sourcil et demanda d'un ton suspicieux :  « Tu veux que je viennes avec toi ?
 - Je, oh, non, surtout pas, s'empressa-t-elle de dire. Pas dans... ton état. Allez. »

 Morul plissa les yeux en regardant Doren sortir de la pièce. Elle s'arrêta une dernière fois sur le seuil de la porte.

 « Morul, je... Je ne t'en voulais pas tu sais. Enfin, pas vraiment.
 - Oui oui, file maintenant, » sourit-il.

Il attendit d'entendre la porte d'entrée de la suite se refermer pour se lever du mieux qu'il put. Bon. Cela faisait bien trop longtemps qu'il n'avait pas assurer son rôle de grand frère.

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 Istam dégusta une autre cuillerée de soupe à l'oignon. Pile poil salée comme il le fallait. Rien à en redire, vraiment.  Pour sûr, c'était une bonne soupe à l'oignon.

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 Morul clopinait dans les couloirs, songeur. Comment allait-il assurer son coup ? Il n'y a pas si longtemps, il se serait contenté de faire irruption chez le contremaître en beuglant, aurait pris la hache et se serait cassé en courant. Mais il avait mûri depuis. Et sérieusement perdu en capacités physiques, aussi. Le fait était qu'il ne pouvait risquer des représailles envers la population. La Trompe ne laisserait pas impunément ses officiers se faire racketter. Il ne pouvait pas non plus tenter de subtiliser la hache : si Doren n'y était pas parvenu avec ses deux jambes, il n'y avait pas de raison que lui en soit capable.
 Non, il allait devoir adopter une tactique oubliée de tous, qui avait pourtant fort souvent fait ses preuves. Il allait demander poliment. Mais d'abord il lui fallait quelque chose.

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 Une goutte de sueur perlait sur le front de Sodel. Elle fit glisser la ficelle dans l'orifice prévu à cet effet. Eeeeet... fini ! Elle poussa un soupir de soulagement, releva ses lunettes de soudure et observa l'objet auquel elle avait abouti sous tous les angles. Se remettre au travail, voilà qui l'aidait à se remettre de ses derniers mois plutôt difficile.s Et c'était plutôt efficace, elle était assez satisfaite de ses talents pour l'ingénierie et l'artisanat.
 C'était une espèce de cylindre de papier rouge, dont l'une des extrémités se terminait par une sorte de chapeau pointu et l'autre par ladite ficelle. Le tout contenait un sac de poudre explosive qu'elle avait récupéré à l'intérieure d'une arquebuse oubliée dans l'atelier. Sodel s'était jurée de ne pas ébruiter cette affaire de poudre, mais celle de McTruman était bien moins puissante et de toute façon les hommes-rats en avait fait une petite démonstration devant toute la ville pendant la bataille. Bon il était temps de tester sa création.
 Elle sortit de son atelier personnel et débarqua dans la grande pièce, réservée à l'ingénieur McTruman. Ce dernier n'était pas là, il fallait en profiter. De plus, le chaos était tel dans la pièce que ce n'était pas une petite explosion ou deux qui allait changer grand chose.
 Sodel posa son objet sur une table, traversa la pièce pour aller décrocher une torche sur le mur puis revint. Bon. Ne paniquons pas. Elle coinça sa langue entre ses lèvres et alluma la tige avec la flamme de sa torche. Sodel posa la torche, se boucha les oreilles et suivit avec une anxiété curieuse le chemin de la petite flamme le long de la tige. Lorsqu'elle atteint le début du cylindre, il y eu un flottement, puis l'objet prit feu et flamba à toute allure à travers la pièce. Ça marche, ça marche !  
 Le feu follet virevoltait en vrombissant, laissant un nuage de fumée colorée dans son sillage. Soudain, il fit un looping resplendissant puis fila tel un oiseau vers la porte qui s'ouvrait.

 « Bonjour bonjour, je... »

Boum.

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 Beaucoup prétendent qu'il n'y a rien de pire qu'être sourd et aveugle. On n'aurait en effet plus le moindre repère, et serait comme une pauvre âme perdue dans les abîmes. C'est cependant faux. Il est très facile d'empirer la situation, en rajoutant à notre sujet des qualificatifs comme "avec un bras troué", "avec une jambe cassée" ou encore "avec la moustache en feu ".
 Les oreilles de Morul finirent par s'arrêter de siffler.

 « Ah, je suis mort ! Je suis mort !
 - Mais non, mais non ! Arrêtez de bouger je n'arrive pas à éteindre votre moustache !
 - Plutôt mourir que demi-moustachu ! »

 Bon sang, qu'est-ce qu'il s'était passé ? Le chasseur avait ouvert la porte de l'atelier, puis il y avait eu un grand flash blanc. Et puis plus rien. Enfin si, juste un grand flash blanc.
 À force de cligner des yeux, l'écran blanc finit par donner une tâche blanche en forme de visage. Les traits de Sodel se dessinèrent petit à petit. Cette dernière passait un linge mouillé sur les joues du trappeur pour en retirer la suie rouge.

 « Je suis sincèrement, sincèrement désolée pour ce qu'il vient de se passer, Morul, s'excusa-t-elle piteuse.
 - Tu as essayé de me tuer, avoue-le, lâcha le chasseur d'un ton pragmatique. Comme le monde entier en ce moment.
 - Je vous jure que nous ! s'indigna-t-elle.
 - De toute façon tout le monde me déteste.
 - Mais écoutez-vous, on dirait un enfant ! rit Sodel sans moquerie. Voilà, c'est terminé. »

 Morul cligna encore des yeux. Sa vision périphérique était encore en piteux état et il n'entendait pas grand chose mais au moins était-il vivant. Il passa sa main sur le côté droit de sa moustache. Il la retira couverte de cendres. Par tous les dieux.

 « J'ai peur qu'il ne faille la couper, constata l'ingénieure.
 - Oh non, s'épouvanta Morul. Pas ça.
 - Vous f... tu fais comme tu veux, mais il va falloir s'habituer à la demi-moustache, alors.
 - Bon sang, voilà trente ans que je n'ai pas été complètement rasé. Kogan et Doren vont sacrément se foutre de ma gueule. Et, et putain, qu'est ce que c'était que ça ?
 - C'est un... ce que j'appelle un... un feu follet. Un simple petit objet qui s'envole et éclate en un nuage de fumée colorée. C'est censé être très joli. Mais j'ai peur que cela soit réservé à l'extérieur.
 - J'appelle ça une tentative de meurtre avec préméditation.
 - De toute façon ça m'a l'air un peu dangereux en y repensant. Je n'imagine pas les dégâts que pourrait faire un idiot qui aurait l'idée de viser des gens avec. Mieux vaut enterrer les plans aux côtés de ceux de la chaise à bascule téléguidée, je crois. Enfin, je ne sais pas comment me faire pardonner.»
 Morul la regarda un instant et sourit. «Bah il y a bien un service que vous pourriez me rendre.
 « N'importe quoi », affirma-t-elle. Quoique, "n'importe quoi".
 -  J'aurais besoin d'accéder à la forge d'Istam. Enfin son ancienne forge, pas celle du palais. »
 Sodel croyait qu'elle serait soulagée en constatant que le nain n'avait heureusement pas l'esprit vicieux mais se raidit tout de même. « Tiens donc, et pourquoi faire ?
 - Y chercher quelque chose qu'il m'a promis il y a longtemps. Le moment est venu où j'en ai besoin. »

 Sodel hésita. Ça avait l'air louche. Mais il est vrai qu'elle avait une dette envers le nain. Bah, elle n'aurait qu'à voir sur les lieux ce qu'il ferait.

 « ... très bien, suivez-moi. »

 Elle se mit debout, et alla chercher les clés de la forge dans l'arrière-salle. Non sans prendre un poignard sur l'établi au passage.

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 «Et une... et deux... et trois ! »

 La porte s'ouvrit dans un bruit sourd. Le nain et la naine pénétrèrent dans les lieux, l'un des deux boitillant, soutenu par l'autre. Finalement, il s'écroula sur un canapé.

 « 'tain merci Doren. Je crois que je serais mort dans cet hôpital sans toi.
 - Je me méfie de ce Sharast. La prochaine fois, demande à être transféré chez Kamuk. Il a bien soigné Morul.
 - J'ai peur qu'il me dise d'aller mourir ailleurs si je dis que je viens de sa part, sourit le capitaine McEdern. De toute manière, j'étais un peu trop inconscient pour demander une destination particulière.
 Doren se laissa tomber à ses côtés. « Qu'est ce qu'il t'a pris d'aller affronter ce colosse aussi ?
 - Je ne sais, ça m'est apparu soudainement comme la seule chose à faire sur le coup.
 - Gros con.
 - Tu n'avais pas d'armure comme la mienne, tu serais probablement morte si c'était toi qui avait combattu.
 - Je ne pense pas. Je crois qu'il retenait ses coups.
 La phrase frappa la fierté du commandant comme un carreau d'arbalète. Il blêmit. « Tu crois ?
 - Oui, il n'avait pas l'air de se donner à fond, poursuivit Doren sans aucun tact. Tu as vu comme moi la taille de ses poings, il aurait pu te broyer le crâne au travers de ton casque pas plus difficilement qu'il n'aurait ouvert une coquille de noix. ... Eh, ça va ? »

 Le capitaine s'était levé et avait frappé rageusement sa hache contre le mur. La naine posa une main apaisante sur son poignet.

 «Qu'est-ce qu'il y a ? demanda-t-elle d'une voix douce.
 - J'en peux plus de me sentir impuissant face à  ces enculés ! fulmina Edern. Ils avaient déjà le nombre, mais en plus ils ont la force ! On ne peut rien faire contre eux, rien ! Obligé de... de coopérer.
 - Ne t'en fais pas. Bientôt, ton roi viendra avec une armée et chassera ces envahisseurs.
 - Rappelle-moi comment mon roi s'appelle ?
 - Euh, Tikutte Quelque-Chose le Malavisé ?
 - C'est ça. Tu crois qu'un type avec un nom pareil risquerait une guerre ouverte avec un royaume comme la Trompe pour une misérable colonie perdue dans les montagnes ?
 - Beh, si ça a l'air d'être une aussi mauvaise décision, ça irait pas si mal avec son nom en fait.
 - Hum, ok. Mais ça ne change rien. On est seul. Personne ne viendra nous sauver.
 - Pourquoi ne pas partir alors ? Tous les deux, on quitte cette ville et on va s'installer ailleurs ? »
 Edern esquissa un sourire. « Je t'ai promis que jamais je ne te demanderais de reculer devant le danger. » Attends, "tous les deux" ?
 « Bonne réponse, » sourit à son tour Doren. Elle lui prit les mains et le regarda droit dans les yeux.  

 Edern dessina les traits de son visage du regard. Il fallait avouer qu'elle avait du charme, malgré une face de guerrière. Non, c'était précisément ces traits de combattante qui faisait son charme. De plus, elle avait un coquard frais autour de l'œil gauche qui au lieu de l'enlaidir augmentait étrangement l'attirance que le capitaine ressentait. Le cœur du guerrier se mit à battre à toute vitesse. Bon sang, Edern, tu as presque soixante-dix ans, tu as participé à treize batailles, tué cinquante-deux adversaires. Tu as dépassé le stade où tu perdais tes moyens devant une jolie naine. Pourtant il laissa glisser ses yeux vers le reste du corps de ladite naine, parcouru les courbes de ses hanches et...

 « Doren je... » commença-t-il.

 Oh et puis merde. Il ferma les yeux. Sa tête commençait à tourner, il en oubliait presque ses blessures. Leurs visages se rapprochèrent lentement mais inexorablement comme deux aimants face à face. Il se sentit comme tomber en avant et ses lèvres se refermèrent sur du vide. La naine s'était soudain retirée. C'est alors qu'il lâcha une phrase qui nourrit longtemps les tragédies romantiques du siècle qui suivit :

 « Beuh ?
 « Je ne sais pas... » Doren se balançait d'un pied à l'autre en regardant le sol. « Tu ne trouves pas que c'est un peu facile. Je veux dire, on se plaît et tout, alors on s'embrasse et pis après on va copuler dans un coin et puis c'est fini.
 « Beh euh, eh eh », balbutia intelligemment le soldat. Il aurait voulu dire : Oui bah c'était plus ou moins le plan, c'est comme ça qu'on fait d'habitude et ça a toujours très bien marché.
 « 'fin je sais pas je... » La naine sembla avoir soudain une idée. « Tu sais, dans le temps, les gentenains devait prouver leur honneur pour gagner le cœur d'une gentenaine. Accomplir un acte de bravoure, ce genre de truc. Tu n'es pas d'accord qu'il faut prouver sa valeur ?
 - Ben euh, si si, se ressaisit le capitaine. C'est juste que... ne le prends pas mal mais je n'aurais jamais pensé que tu serais de ce genre de naine. Mais qu'importe. Que puis-je faire pour gagner tes faveurs, Doren Libashalis ? » Il avait l'impression d'être empli d'une force nouvelle. Ses blessures s'étaient comme envolées, et il se sentait capable de terrasser l'armée trompoise entière, esclaves et éléphants compris.
 « Eh bien. Les Trompois m'ont pris ma hache, Ananugog. C'est un souvenir de famille, et j'y tiens beaucoup. Or ni Morul ni Kogan n'ont accepté de m'aider à la récupérer...
 -Eh bien ce sont deux cons ! » clama Edern.

Au moins c'est dans mes cordes. Elle ne m'a pas demandé de lui écrire un poème ou quoi. Il dégaina sa hache d'arme et se laissa tomber à genoux en prenant appui sur elle.

 « Moi, sieur Urist du clan MacEdern, je jure solennellement que je récupérerais votre hache, dame Doren du clan... euh, dame Doren Libashalis. Je reviendrais avec Ananugog ou... ou sur elle. »

 Il se releva. Il se sentait bouillant et prêt à n'importe quoi. Les dieux soient avec le pauvre être qui se trouverait entre un guerrier nain et l'élue de son cœur de pierre.

Kait

Fév 21, 2018, 11:44 pm #59 Dernière édition: Fév 21, 2018, 11:52 pm par Kait
  « C'est ici, Morul. »

  Sodel fit pivoter la clef dans la serrure et tous deux pénétrèrent dans la forge d'Istam. D'une propreté impeccable, elle ressemblait cependant à n'importe quelle forge naine : au centre trônait une grande enclume d'acier gravée, qui régnait sur un royaume de râteliers, de portes-armure, de brasiers et de tiroirs remplis à craquer de clous et de boulons parce que votre armure là elle tient pas en un seul morceau par magie.
L'ingénieure traversa la pièce pour atteindre la porte d'un débarras qu'elle ouvrit avec une autre clef du trousseau.

  « Si tu cherches quelque chose, ça doit être là dedans », expliqua-t-elle.

  Morul y rentra. Le débarras contenait effectivement des armes et armures en tout genre, qui avait étrangement échappées à la razzia humaine. Le nain prit un petit chariot à roulette qui traînait là, et se tourna vers le tas d'objets. Bon, Istam avait fait pour lui et sa sœur deux armures, mais lesquelles ?  Il finit par repérer un lot de deux dont l'une, lourde, semblait être conçue pour une naine, tandis que l'autre était beaucoup plus légères. Ce devait sûrement être celles-là. Il commença à entreposer le tout dans le chariot en sifflotant, du mieux qu'il pouvait avec ses membres en morceaux.
L'affaire lui prit un bon quart d'heure. Puis il se retourna, et aperçut un scintillement dans l'obscurité. Il baissa les yeux vers le poignard que tenait Sodel.

  « Ça... ça m'a tout l'air d'être du vol pur et simple ! bégaya-t-elle.
  - Je t'assure que non, affirma Morul d'une voix calme. Istam m'a promis ceci en échange d'un fragment d'obsichalque.
  - Quoi, deux armures complètes, des mois de travail pour un simple fragment ? » s'étonna Sodel, peu crédule. Elle tremblait légèrement.

  Visiblement n'était-elle pas prête à poignarder Morul, mais ce dernier préférait se méfier. Il paraissait que la naine avait souffert ces derniers temps, possiblement assez pour la changer au point de planter quelqu'un. Si le chasseur avait été entier, il aurait probablement pu la désarmer mais le fait est qu'il ne l'était pas et que tenter quelque chose contre cette naine effrayée était le meilleur moyen de se retrouver avec une lame enfoncée de dix centimètres dans le bidou. Parfois la diplomatie était effectivement la meilleure solution.

  « Tu connais sans doute Istam mieux que moi, mais il doit avoir une approche assez singulière de son métier, et je pense qu'il parfaitement capable de payer n'importe quel prix pour découvrir des façons alternatives de forger.
  - On dirait un discours de vendeur de tapis. Je suis désolée, Morul, mais malgré tout le respect que j'ai pour toi Istam reste mon ami et je ne te laissera pas le trahir.
  - Mais bordel c'est vrai ! s'emporta le chasseur. Pourquoi personne ne me croit putain ? Je mens si souvent que ça ? » Il s'approcha soudainement d'elle. Sodel fit un geste de défense mais il ne s'arrêta pas pour autant. Il sentait la pointe du couteau lui rentrer dans le ventre, sans cependant percer la chair. « Tu sais quoi ? Regarde moi dans les yeux et si tu penses que je mens, transperce moi sur le champ. Merde à la fin. »

  Sodel le toisa un instant. Bon sang, il mentait forcément. Il était réputé pour ça, il n'y avait pas un nain à Cornedebouc qui prétendrait le contraire. Mais pourtant, Morul lui avait à plusieurs fois prouvé sa droiture et sa loyauté. N'avait-il pas sans hésiter sauté à son secours - bien que ce ne fut complètement inutile - lorsque les Trompois étaient venus la chercher ? Et puis de toute façon elle aurait été bien incapable de le tuer de sans froid. Elle rangea son couteau.

  « Ok, je te crois pour le moment, soupira-t-elle. Mais dès que possible je demanderais confirmation à Istam, et si tu as menti...
  - Oui, j'aurais intérêt à ne pas me trouver dans les parages, termina Morul. Bon, j'ai une tâche à accomplir moi. Si tu veux bien m'excuser...»

  Sodel s'écarta et laissa le nain quitter les lieux en tirant derrière lui son petit chariot chargé de deux exemplaires de ce qui était les meilleures armures de toute la ville, voir du continent. Elle se demandait si elle avait fait le bon choix.

_______________________

  Le contremaître Sinur s'adonnait à des plaisirs certes onéreux mais ô combien naturels lorsque s'ouvrit sa porte sans gare. Sans crier "garde" non plus, ce qui aurait été vachement pratique pour une porte. Toujours était-il qu'il sursauta tellement  fort qu'il repoussa ka jeune naine qui lui tenait compagnie. Cette dernière poussa un glapissement de surprise et s'écroula lamentablement à côté du lit. Sinur se redressa et vit dans le cadre de la porte un infirme qui tirait derrière lui un lourd chariot. L'inconnu prit la parole dans un trompois à la prononciation plus que douteuse mais à la syntaxe à peu près correcte :

  « N'ayant crainte, messire. Je ne viens que pour marchander.
  - Ça vous dirait pas de prendre rendez-vous ? rétorqua le contremaître en cachant son intimité avec un oreiller.
  - Hélas, c'est une offre limitée dans le temps. »

  Sinur poussa un soupir, puis fit signe à la naine de partir. Elle enfila en hâte le haillon qui lui servait de robe et s'en fut d'un pas léger en refermant la porte derrière elle.
Lorsqu'elle passa à côté du nain, ce dernier fut pris d'un élan de dégoût en constatant l'âge que devait avoir la petite. Il ne savait pas qui il haïssait le plus à ce moment là, la pourriture qui se payait les "services" d'une naine aussi jeune ou le cinglé qui les proposait ?

  « J'espère que c'est important, grogna le contremaître, les faire venir à domicile coûte une fortune. » Il attrapa une toge qui traînait au pied de son lit et l'enfila. Puis il se servit un verre de vin et se rassit, observant l'intrus. « Vous avez dix secondes pour capter mon attention avant que je n'appelle mes gardes. Comment vous les avez passé, déjà ?
  - Ils m'ont laissé rentrer quand je leur ai demandé poliment, expliqua le nain.
  Sinur leva les yeux au ciel. « Par Icar-Deng, en voilà deux qui vont finir au pal.
  - Si je peux me permettre, ne les blâmez pas trop, j'avais des arguments plus que convaincants.
  - Tiens donc.
  - Déjà, ils ont jugé qu'au vue de mon état, je ne représentais pas une grande menace pour votre sécurité. » Il agita sa béquille puis montra du menton son bras en écharpe. « D'autres part, je leur ai expliqué que je suis en mission spéciale pour sa divinité Icar-Deng, ce qui est parfaitement vrai, peut-être m'avez vous vu sur le grand Lodicar pendant l'attaque. »
  « Hum », grinça le contremaître.

  Il aurait aimé que cela soit vrai. Mais il n'était qu'un petit officier, et jamais n'avait-il eu l'occasion d'approcher son dieu à moins de cent mètres. Cependant, il paraissait effectivement qu'un nain aux cheveux doré avait assisté le Roi-Dieu pendant la bataille, cela pouvait-il bien être lui.

  « Et enfin, poursuivi le nain, ils ont été convaincu que je ne vendais pas du vent quand ils ont vu l'état de ma marchandise. »

  Sur ces mots il appuya de toutes ses forces contre le chariot et le renversa, faisant tomber sur le sol deux sets d'armures étincelants. La mâchoire de Sinur se décrocha. C'était certainement les plus belles armures qu'il n'avait jamais vu (fallait-il tout de même avouer qu'on ne voyait pas beaucoup d'armures à la Trompe). Même le néophyte qu'il était était capable de reconnaître le travail d'un maître.

  « Elles sont à vous, sourit le nain. En échange, je ne demande que la hache que vous avez là. » Il pointa du doigt ladite hache, qui ornait un râtelier dans le coin de la pièce.
  « Pour sûr, je dois y gagner au change.
  - En effet. Cette hache est jolie, mais elle a surtout une valeur sentimentale, c'est un bijou de famille. Tandis que ces armures... Vendez-les à la prochaine caravane et vous deviendrez sûrement l'un des hommes les plus riches de toute l'armée. Le choix est vôtre.
  - Et dîtes moi, pourquoi choisir quand je pourrais simplement appeler mes gardes pour qu'ils viennent vous trancher la tête, et ainsi tout garder ?
  - Parce que, expliqua le marchand, j'ai un peu menti à vos gardes. » Il laissa tomber sa béquille. « En fait ma jambe est encore faible mais fonctionnelle néanmoins. Du moins assez pour me permettre de parcourir en quelques secondes les quelques mètres qui nous séparent pour vous planter avec le poignard que voilà. » Il souleva sa veste, laissant découvrir le manche d'une petite arme. « Certes je mourrais probablement dans les minutes qui suivrait, mais aucun de nous deux n'y gagnerait vraiment. Cela dit vous pourriez tenter de me retenir le temps que vos gardes n'interviennent, mais ce serait prendre beaucoup de risque pour une vulgaire hache. Alors, vous les appelez ? »
  Le contremaître souffla du nez. Il se pencha pour décrocher la hache de son râtelier et la tendit vers le nain. « Vous êtes un fin négociant. Très bien, elle est à vous. Je ne vois pas d'embrouilles ici, aussi je... »

  La porte explosa.
Une armoire à glace caparaçonnée fit irruption dans la pièce.

  « ALORS OÙ QU'IL EST LE VILAIN QUI VOLE LES AFFAIRES DES PAUVRES DAMOINAINES SANS DÉFENSES ? » hurla le nain d'une voix à faire trembler les murs. Il se tourna soudain vers le premier intrus. « Morul ?
  « Oh bordel de couille, se désespéra le dénommé Morul.
  - Qu'est ce que tu fous là ? Et qu'est-il arrivé à ta moustache ?
  - Je marchandais, vois-tu. Et je t'emmerde.
  - On  ne marchande pas avec l'ennemi !
  - Edern, tu es sûr que tu vas bien ?
  - Honnêtement, je ne me suis pas senti aussi bien depuis trois bonnes années.
  - Bon, par pitié, file vite avant de déclencher un incident diplomatique.
  - Nope, pas avant que je n'ai accomplie ma tâche ici, désolé.
  - Putain mais... Comment les gardes t'ont laissé rentrer ?
  - Dites, jah comprends quoi vous dîtes hein, fit la petite voix du contremaître dans le fond.
  - Je les ai assommé avec leur têtes respectives, expliqua Edern.
  - PARDUN ?
  - Oh par tous les dieux, s'épouvanta Morul.
  - Non mais pas de panique, tout est parfaitement sous contr... »

  Soudain il se passa quelque chose : le capitaine sembla tout à coup revenir à lui. Bon sang, qu'est ce qu'il lui avait pris ? Lui qui avait fait tant d'effort pour limiter les pertes civiles, il avait laissé toute sa frustration accumulée au cours des derniers mois exploser d'un seul coup. Ou alors c'était Doren qui lui avait fait complètement perdre la tête l'espace d'un instant.

  « Dans quelle merde je me suis encore fourré moi ? se demanda-t-il.
  - Attends, il n'est pas trop tard pour rattraper la situation !
  - Vous avez assommé mes gardes ? hurla le contremaître en saisissant la hache d'arme qui trônait toujours à ses côtés.
  - Morul fais quelque chose je nous ai mis dans une merde sans nom, merdmerdmerdmerdmerde...
  - Ok, euh, J'AI UNE IDÉE, ATTRAPE-LE !
  - OK ÇA C'EST DANS MES CORDES !
  - À L'AIDE, À MOI ! »

  Sinur eut beau faire quelques mouvements futiles de hache dans les airs, cela ne l'empêcha pas de se faire plaquer contre le lit par quatre-vingts kilo de nain en colère. Tandis qu'il se débattait, Morul sortit de sa poche sa fiole d'anti-douleurs.

  « Pince-lui le nez ! » ordonna-t-il.

  Le contremaître résista une dizaine de secondes, avant d'ouvrir la bouche un bref instant, instant qui fut suffisant à McEdern pour lui fourrer sa main dedans et la maintenir ouverte. Morul vida alors l'intégralité du contenue de la fiole dans sa gorge puis referma sa mâchoire. Passèrent quelques instant puis l'humain fut forcé de déglutir. Rapidement, ses muscles se détendirent et il perdit connaissance.
Morul poussa un long soupir et se laissa glisser contre le bord du lit.

  « Les gardes t'ont vu ? demanda-t-il à son ami.
  - Non, assura le capitaine, ils n'ont même pas eu le temps de comprendre ce qu'il leur arrivait.
  - Très bien, apporte les ici. »

  Edern sortit de la pièce et revint en traînant les deux vigiles par le bras. Pendant ce temps, Morul avait attrapé une bouteille d'alcool fort sur une commode.

  « Mets-les de part et d'autres du lit. »

  Le capitaine s'exécuta. Morul déboucha alors la bouteille et en déversa le contenu un peu partout sur les trois humains et autour d'eux.

  « Ça devrait suffire. Quand ils se réveilleront, ils croiront sûrement que tout cela n'était qu'un gigantesque rêve, suite à une gigantesque cuite. Leur maux de crâne respectifs devraient les en convaincre facilement.
  - Ta ruse vient de sauver de nombreuses vies, Morul, salua McEdern. Merci infiniment. » Il ramassa Ananugog. « Je ne sais honnêtement pas ce qu'il m'a pris. »
  Morul eut comme un blocage en fixant la hache. Une minute... « Attends, Edern. Qu'est ce que tu comptes faire avec ... ? »

  Edern regarda Morul. Morul regarde Edern. Morul comprit. Edern comprit que Morul avait compris.  

  « ESPECE D'ENF..., commença le chasseur avant de se retrouver subitement balayé au sol.
  - DESOLÉ MORUL, ÇA N'A RIEN DE PERSONNEL ! » hurla McEdern qui prenait la fuite.

  Le trappeur s'adossa contre le chariot d'armures, bouillant de rage. L'enfoiré ! Le traître ! Le faux frère ! Et aucune chance de le rattraper avec sa jambe. Bordel... Hum.

__________________________

  Alors qu'il courrait dans les couloirs, Edern éprouvait comme un semblant de regret. Ce n'était pas très sympa de faire ça à Morul alors que ce dernier venait de lui sauver la vie. Mais le fait était qu'il avait un sens des priorités bien à lui. Et puis entre copains, il était sûr que Morul comprendrait. Il ne serait pas assez puéril pour lui en tenir rigueur, n'est-ce pas ?

...


  « URIST. MAC. EDEEEEEEEEERN ! »

  Il se retourna et vit le visage bouffie et rougie par la rage du trappeur foncer vers lui à toute vitesse.  Edern poussa un cri plus que viril et sprinta comme jamais il n'avait sprinté, poursuivit par un démon monté sur chariot qui se propulsait en pagayait furieusement contre le sol à l'aide de sa béquille.

  « Ta sœur est grande, Morul ! plaida le capitaine alors que l'écart entre les deux diminuait. Assez pour choisir elle même ce qu'elle veut !
  - On en parlera à sa majorité, à cinquante-quatre ans ! »

  Bon sang, l'artère dans laquelle il se trouvait était en pente, furieux désavantage. Soudain, il vit apparaître une galerie circulaire sur sa droite et bifurqua sur le champ. Cela ne fut pas suffisant pour décourager Morul qui négocia un virage impeccable au frein à béquille, utilisa son inertie pour rouler contre le mur et se retrouva soudain tête en bas au dessus d'Edern.
Le temps se figea alors. Au ralenti, le chasseur crocheta Ananugog de sa béquille sous le regard impuissant d'un capitaine haletant.
Puis tout s'accéléra de nouveau. Morul termina son tour complet contre la paroi rocheuse et ratterrit devant Edern, la hache coincée entre les dents. Il vit un signe de main narquois à son poursuivant et utilisa sa béquille pour reprendre de la vitesse.

  « Allez à plus pauvre con ! » railla-t-il.

  Bon, il n'était pas encore tiré d'affaire. Il espérait que cette galerie donnait sur un endroit permettant une fuite efficace. Ce n'était pas gagneé la pente semblait augmenter furieusement. Il était possible qu'il soit bientôt incapable de freiner. Bah ! au moins mettait-il toujours plus de distance entre lui et McEd... Il entendit un grand bruit derrière lui. Il se retourna et tomba nez à nez avec un capitaine de la garde bavait de rage.
Il poussa un cri suraigu et se retrouva au fond du chariot, étranglé par les mains puissantes de son adversaire.

  « BARGLEUGHAHBLEUSAUSSEUGH ! fulmina Edern.
  - Agenrauaguhonpeutnégociarghhhgn ! » répondit avec tact Morul.
Edern s'empara d'Ananugog et la leva au dessus de sa tête. « CETTE FOIS JE VAIS TE BUTER POUR DE BON ! »

  Le chasseur ferma les yeux, anticipa l'impact. Le hurlement du chariot contre la roche s'arrêta tout à coup. Ils se sentirent alors flotter dans les airs, comme figés dans le temps. Ils étaient au milieu d'une grande caverne, et filaient droits vers...


_______________________

  « Votre Divinité Icar-Deng, nous accusons un problème d'ordre économique.
  - Tiens donc.
  - Nos soldats n'ont plus un sou pour se distraire !
  - Nos soldats ne sont pas payés, comment pourraient-ils manquer de sous ?
  - Eh bien, c'est à dire que jusque là ils réquisitionnaient l'argent de la population pour se détendre à des établissements tels que le "Bélier Torché" ou le "Marcassin Hurleur".
  - Et qu'est ce qui a changé ?
  - C'est bien simple, votre Divinité : à force de tours de cette petite économie circulaire, la population n'a plus un sou, et l'armée non plus. L'intégralité de l'or de la forteresse s'est accumulé dans les coffres de Tòm Orusân et Kogan Mastersausage, les patrons respectifs desdits établissements !
  - Oui fâcheux, en effet.
  - Quels sont vos ordres, votre Divinité ?
  - Cela me semble assez limpide. Organisez une descente chez ces deux nains et confisquez leur or. Puis redistribuez le tout à la population. Comme ça nos soldats auront de nouveau de quoi réquisitionner, et le cercle continue. Cette économie est ce qui a l'air de marcher le mieux ici, pas de raison de changer.
  - Ce sera fait, votre Divinité. »

  Icar-Deng fit un petit signe à son conseiller qui quitta rapidement la salle du trône. Bon, que fallait-il encore qu'il fasse aujourd'hui ? Il avait vu l'officier chargé du ravitaillement, celui chargé de la construction des palissades, le prêtre chargé des soins de Lodicar qui avait dit qu'il était encore trop tôt pour savoir, et finalement celui-là avec son problème d'économie. Hum. Le jeune roi reprit une gorgée de vin. Ah si ! Il venait de se rappeler qu'il avait confié une mission à ce Morul  et qu'il n'avait pour l'instant toujours pas vu l'ombre d'un premier rapport. Il se tourna vers l'un de ses gardes du corps.

  « Fais moi sommer Morul Dabblersausage, de force s'il le faut. J'ai besoin de... »

  Le grand vitrail qui ornait la partie droite de la salle du trône explosa en mille morceau. Une tâche marron flou s'écrasa à toute vitesse contre le sol dans un bruit de craquement sourds et une masse de chair informe roula par terre. Il y eut un flottement, puis la masse de chair se mit à s'insulter puis l'un de ses morceaux grimpa sur l'autre poing fermé.

  « JE VAIS TE BUTER, MORUL, JE VAIS TE ... ! »

  Le capitaine McEdern releva alors la tête et s'interrompit sur le champ. Il se remit debout instantanément, souleva Morul par le col pour l'aider à faire de même et s'épousseta.

  « Capitaine McEdern pour vous servir, lâcha-t-il en nanique..
  - Et... et Lieutenant Dabblesausage, ajouta Morul avant de cracher discrètement un copeau de bois. Aux services secrets de sa Divinité.
  « Bons dieux », fit Icar-Deng en trompois, consterné. Il vida son verre d'une traite. « Vous repayerez cette vitre, vous deux. Enfin, cela tombe bien, je voulais justement vous voir.
  - Oui, hehe, vous songez à nous, nous arrivons, poursuivit Morul, vos divines pensées sont des ordres et... » On entendit un discret "Ta gueule Morul" et il se tut. « Que vouliez-vous de moi ?
  - Vous savez ce qui m'empêche de vous faire exécuter sur le champ, vous deux ? demanda le Roi.
  - Votre... votre infinie sagesse ? tenta le trappeur.
  - Non, ce qui m'empêche de vous jeter tous les deux sont les pattes d'un éléphants, à l'heure actuelle, c'est le simple fait que...
  - ILS ARRIVEEEEENT ! » hurla une voix, avec le désespoir d'un damné.

  Tout ce passa alors extrêmement vite. La double porte de la salle du trône explosa. Les murs se teintèrent de rouge. La vague démoniaque déferla alors. Dans un hurlement affreux, elle s'écrasa contre le mur du fond, rebondit en direction du centre et s'étala sur tout le sol, avant de poursuivre sa route vers le reste de la forteresse, balayant tout sur son passage. Des crocs, des griffes, une marée d'horreur, qui poussait un même cri unanime :




























  « Miaou ?
  - Que ? bégaya le Roi.
  - Je suis sincèrement désolé, Icar-Deng.

  Le jeune Roi leva les yeux vers Bemehring, qui approchait de lui en pataugeant dans les félins multicolores - tout en prenant garde de n'en écraser aucun.

  « Un fou furieux avait élevé une petite population de félins dans son atelier, expliqua le géant. Il est mort pendant la prise de la ville, et depuis ils n'ont fait que se reproduire à une vitesse exponentielle. Je n'aurais jamais dû ouvrir les portes.
Icar-Deng observa consterné un petit chaton roux se lover sur sa cuisse. « Comment ont-ils pu devenir aussi nombreux ?
  - Il paraît que les chats sont des espèces magiques qui emplissent tous l'espace dans lequel on les confine.
  - Par tous les dieux. Ils sont dans toute la forteresse ?
  - Partout, j'en ai peur.
  - Bah. Voilà qui devrait résoudre notre problème de nourriture. » Il entendit quelque chose et baissa les yeux. « Enfin... » Le petit chaton l'observait avec des grands yeux tristes en miaulant. « On n'est peut être pas obligé de tous les manger... » Miaou. Bon sang, tu es un dieu, Icar-Deng. « Voir ne pas les manger du tout... » Ton cœur ne doit pas se laisser corrompre comme ça ! « Mais c'est vrai qu'ils sont mignons tout de même », conclut-il avant de caresser la nuque du petit chat. Et merde.

A red kitty has adopted Icar-Deng, godish king !

  Dans le chaos que les félins avaient entraîné, le Roi en avait oublié les deux nains, qui avaient d'ailleurs mystérieusement disparus.


__________________________


  Les deux compères entrèrent en trombes dans les appartements de Morul et s'écrasèrent au sol, haletant.

  « Trop... Trop de Cornedebouc pour aujourd'hui », bégaya McEdern. Il regarda aux alentours. « Ta sœur n'est pas là ? »

  Morul se leva péniblement, puis jeta un rapide coup d'œil dans sa chambre.

  « Disparue, constata-t-il.
  - Elle doit être au terrain d'entraînement ou quelque chose comme ça alors. 'fin, tant mieux, on va dire.
Morul s'assit sur le rebord de son bureau et poussa un long soupir. « Bon, mieux vaut oublier tout ça tu ne crois pas. Ça te dirait une petite bière ?
  - Oh, volontiers.
  - Il y en a une par terre, là, attrape-la s'il te plait.
  - Aye aye, chef. » Edern vint s'accroupir aux pieds du bureau. « Où ça ?
  - Juste là, regarde mieux.
  - Je t'assure que je ne vois ri... »

  Morul observa, le visage impassible, son ami s'écrouler par terre. Puis il jeta un regard perplexe au saucisson avec lequel il venait d'assommer le nain.

  « Oui, il me semblait bien qu'il était un peu trop sec, celui là. »

  Sans rancune, mon frère. Il retira Ananugog de la ceinture du capitaine et quitta les lieux.

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